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Le paysage de l’Omo–Turkana

Le paysage de l’Omo–Turkana

Ancré par le lac Turkana inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et alimenté par le fleuve Omo en Éthiopie, ce paysage spectaculaire de volcans et de savane subit des pressions croissantes liées aux barrages, à la surexploitation et aux contraintes climatiques, mais offre un réel potentiel pour des pêcheries durables, une conservation menée par les communautés, l’écotourisme et la coopération Kenya–Éthiopie.


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Le paysage de l’Omo–Turkana s’étend du nord du Kenya au sud de l’Éthiopie, ancré par le lac Turkana — le plus grand lac désertique du monde et site du patrimoine mondial de l’UNESCO. D’une beauté austère mais fragile, ce paysage associe des formations volcaniques spectaculaires, des savanes semi-arides et une vaste mer intérieure qui constitue depuis longtemps une ligne de vie tant pour les populations que pour la nature.

Au cœur de ce système se trouve le fleuve Omo, deuxième plus grand fleuve d’Éthiopie, qui fournit plus de 90 % des apports du lac Turkana. Une cascade de grands barrages et des aménagements d’irrigation le long de l’Omo ont été conçus pour produire de l’hydroélectricité et assurer l’approvisionnement en eau de vastes plantations de canne à sucre et de coton. Si ces investissements visent à stimuler la croissance économique de l’Éthiopie, ils comportent aussi des risques en aval : réduction des crues saisonnières, modification des flux sédimentaires, et craintes, parmi les communautés au Kenya, que le lac ne se rétrécisse davantage, avec des conséquences dévastatrices pour les populations et la nature.

Le lac Turkana est unique en son genre. Ses eaux salines et alcalines ne peuvent pas être utilisées pour l’eau potable ni pour l’irrigation, mais le lac soutient l’une des pêcheries continentales les plus importantes d’Afrique de l’Est, assurant la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de dizaines de milliers de personnes dans une région autrement pauvre en eau. Depuis des générations, des communautés de pêcheurs — dont beaucoup sont des pasteurs qui combinent l’élevage avec la pêche saisonnière — dépendent de l’abondance du lac. Mais ces dernières décennies, la diminution des apports, la baisse du niveau du lac et la surpêche ont soumis cette ressource vitale à une forte pression.

Au-delà des pêcheries, le paysage soutient des moyens de subsistance pastoraux et agro-pastoraux, adaptés à un climat rigoureux. Ces communautés sont très vulnérables au changement climatique : les sécheresses deviennent plus longues et plus intenses, les pertes de bétail sont plus fréquentes, et la compétition pour des ressources rares peut exacerber les tensions. La résilience de ces sociétés est étroitement liée à la santé de l’écosystème Omo–Turkana.

D’un point de vue écologique, le lac Turkana est un joyau de biodiversité. Il abrite certaines des plus grandes populations mondiales de crocodiles du Nil et accueille des hippopotames, des espèces de poissons endémiques et d’immenses volées d’oiseaux d’eau. Il constitue une halte cruciale sur la voie de migration aviofaunique Afrique–Eurasie, reliant des écosystèmes depuis le nord de l’Europe et de l’Asie jusqu’à l’Afrique australe. Les parcs de Central Island et de Sibiloi, ainsi que South Island, forment les Parcs nationaux du lac Turkana inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, connus pour leurs paysages volcaniques, leurs colonies de reproduction de flamants et leurs sites fossilifères éclairant l’évolution humaine. Ce paysage unique attire donc aussi des touristes, un secteur d’activité très important dans la région.

À l’avenir, le paysage Omo–Turkana se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, il fait face à des pressions croissantes liées au développement de barrages, aux changements d’affectation des terres, à la variabilité climatique et à la croissance démographique. De l’autre, il offre des perspectives remarquables : protéger les pêcheries par une gestion durable, renforcer la conservation menée par les communautés, développer l’écotourisme autour de sa faune unique et de son patrimoine culturel, et promouvoir la coopération transfrontalière entre le Kenya et l’Éthiopie.