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Le paysage terrestre et marin de Lamu-Tana

Le paysage terrestre et marin de Lamu-Tana

Ancrée par la vieille ville de Lamu inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et par une mosaïque mangroves–herbiers marins–coraux, et alimentée par le fleuve Tana qui déverse plus de la moitié du débit fluvial du Kenya dans l’océan Indien occidental tout en faisant vivre des millions de personnes, cette interface terre–mer soutient les pêcheries, le tourisme et la culture — mais la perte accélérée des mangroves, l’extension portuaire, la surpêche, la pollution, les barrages et les impacts du climat exigent une gouvernance de l’eau amont–aval plus robuste afin de préserver les côtes, la biodiversité et les moyens de subsistance pour les générations à venir.

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Le paysage terrestre et marin de Lamu–Tana, dans la zone côtière nord du Kenya, est une région d’une importance écologique, culturelle et socio-économique majeure. En son cœur se trouve le fleuve Tana, le plus long du Kenya, qui prend sa source dans les hautes terres centrales et les châteaux d’eau du pays. Il contribue à plus de 50 % des débits fluviaux du Kenya vers l’océan Indien occidental et fournit à près d’un cinquième de la population de l’eau, de l’énergie et de la nourriture.

À l’est, le littoral et les îles de Lamu constituent l’un des plus grands trésors culturels et écologiques du Kenya. La vieille ville de Lamu, site du patrimoine mondial de l’UNESCO, est l’établissement swahili le plus ancien et le mieux préservé d’Afrique de l’Est, où des siècles d’échanges culturels se reflètent dans l’architecture et les traditions. Autour des îles s’étend une mosaïque de zones humides : vastes forêts de mangroves, vasières productives et herbiers marins, ainsi que des récifs coralliens foisonnant de vie marine. Ces écosystèmes soutiennent des économies locales dynamiques fondées sur la pêche et le tourisme.

Pourtant, cette richesse naturelle est de plus en plus menacée. Les mangroves sont abattues pour le bois et le charbon ou défrichées pour la riziculture. Des projets d’infrastructure à grande échelle, notamment l’extension portuaire et les opérations de dragage, exercent une pression sur des habitats côtiers fragiles. Combinés à la surpêche et à la pollution, ces changements compromettent l’équilibre écologique qui a soutenu l’archipel de Lamu pendant des siècles.

Le fleuve Tana joue un rôle vital dans le maintien de cette zone côtière. En transportant en aval de l’eau douce, des sédiments et des nutriments, il régénère les estuaires et les zones humides, garantissant la productivité des mangroves, des herbiers marins et des pêcheries à Lamu. Le long de ses rives s’étendent des forêts riveraines uniques, abritant des primates mondialement menacés tels que le colobe rouge du Tana et le mangabey du Tana, que l’on ne trouve nulle part ailleurs au monde.

Le fleuve est aussi la ligne de vie des communautés humaines. Il fournit de l’eau potable et d’irrigation, et ses barrages en amont produisent l’électricité hydraulique qui alimente la nation. La pêche, l’agriculture et le petit commerce le long du fleuve font vivre d’innombrables ménages. Pour de nombreuses communautés autochtones et locales, le Tana n’est pas seulement une source de subsistance mais aussi un ancrage culturel, façonnant des identités et des traditions qui restent étroitement liées aux rythmes saisonniers du fleuve.

Les écosystèmes de zones humides du paysage de Lamu–Tana rendent des services d’importance nationale et mondiale : ils amortissent le littoral face aux tempêtes, stockent de grandes quantités de carbone, soutiennent une biodiversité d’importance mondiale et sous-tendent les moyens de subsistance locaux. Toutefois, ces services sont de plus en plus menacés par la construction de barrages, la déforestation, la conversion des terres et l’aggravation des impacts du changement climatique, notamment l’élévation du niveau de la mer, l’intrusion saline et des sécheresses plus fréquentes.

Conscients de ces défis, les comtés de Tana River et de Lamu demandent des réformes de la Loi sur l’eau du Kenya afin de mieux prendre en compte les dynamiques amont–aval. En améliorant la gouvernance de l’eau, en préservant la santé des écosystèmes et en garantissant une répartition équitable de l’eau, la résilience des communautés comme de la nature dans ce remarquable paysage terrestre et marin pourra être renforcée.

L’avenir de Lamu–Tana dépend d’un équilibre entre développement et conservation ; il s’agit de préserver ses fleuves, ses côtes et ses cultures pour les générations à venir.